Le Bonheur

‘’Mais  il est où le bonheur?‘’ Et si le bonheur n’existait pas comme tel. Il pourrait être  un concept utile, comme la liberté, la vérité, la démocratie et plusieurs autres pour exprimer des états intérieurs individuels ou collectifs. Il serait différent d’une personne à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un lieu à l’autre. Somme toute, il serait tout et rien, très instable. À la fois extase, orgasme, frisson, silence. Il serait comme une empreinte de mon âme. Penser à son sujet pourrait être inutile car temps et énergie ne suffiront pas nécessairement  à trouver les bonnes pistes pour arriver à toucher le trésor recherché. 

À un premier niveau, je peux entreprendre une quête extérieure à moi-même et accumuler des biens, des lieux, des personnes qui sont censés m’apporter le Graal. Mais la satisfaction sera limitée, temporaire, circonstanciée. Alors, le spleen me tenaillera à nouveau et je devrai  recommencer et empiler continuellement dans un mouvement perpétuel pour combler ce vide en moi. Je ne suis pas plus heureux et ces moments d’évasion de mon réel ne peuvent être le bonheur, la satisfaction, la liberté. Et cette quête finit par devenir un problème.

À un deuxième niveau, je peux miser sur mon développement personnel au niveau de l’être. Alors, la vérité supplantera les opinions, la bonté et le service remplaceront les sacrifices, la beauté éclipsera l’artifice. Cette construction de moi-même respectera mon unicité tout en étant ouvert à tout ce qui m’entoure comme un arbre dans une forêt, une goutte d’eau dans un océan. Le bonheur se traduira alors par diverses émotions de paix, quiétude, foi, amour, joie, espérance.

Quand je suis authentiquement moi-même, je vais attirer d’autres personnes qui y verront des attraits, des affinités. Alors, ayant une meilleure connaissance de ce que je suis, je pourrai choisir selon  ce que j’attends. Avec le temps, nous pourrons trouver des moyens, des projets pour durer. Dans ce contexte, je me donne du bonheur mais je dois l’entretenir, le nourrir en toute humilité. Dans cette continuité, je serai heureux pour le meilleur et pour le pire. Car ni l’un ni l’autre ne durent bien longtemps. 

Tout naturellement,  soleil et nuage vont alterner. Parfois on va remercier Dieu pour les prières qu’Il n’a pas exaucées. Après une bonne tempête, le beau temps est souvent plus clair. Il suffit de ne pas attendre un gros bonheur qui va toujours durer sans brouillard, mais de petits moments de plénitude qui s’accumulent et alternent avec des pluies  passagères.

Enfin, à un troisième niveau, comme nous sommes des êtres spirituels incarnés et non de simples primates augmentés, nous devons considérer le bonheur tel un cadeau au même titre que la vie. Et pour l’apprécier pleinement, il nous faut dépasser le mental pour échapper aux seuls concepts, franchir  l’affectif instable pour accéder à une conscience éclairante et solide.  Il faut nous ramener au présent, véritable cadeau.

Il faut cependant savoir qu’au-delà de ces moments de bonheur, il existe un état de bonheur qui consiste à sentir et goûter une ‘’présence’’,  rendue possible par un contact de plus en plus fréquent et intense avec la Source, le Créateur, Dieu et sa création. Les oies blanches et  les outardes sont arrivées. Bientôt, ce sera le tour des hirondelles, des chardonnerets, des colibris et, avec eux,  la fête des yeux, des oreilles, du mouvement. Puis,  la  végétation sera invitée à s’exprimer  dans tous ses éclats. 

Dans tout ce ‘’maintenant’’ éternel, nous sommes éléments de la nature et, par là, de la puissance, de la sagesse, de la justice, de l’amour du Créateur. De même, avec une autre intensité, nous devenons une partition de la Genèse quand notre énergie se conjugue à celle des ténèbres pour initier un acte de co-création.

Voilà notre défi, notre mission, notre légende. Après ces moments de grâce et de peine, ce sera notre retour dans  notre véritable demeure, notre Maison comme le répètent les visiteurs venus d’ailleurs. E.T. GO HOME

Et la sagesse populaire de s’exprimer: ‘’ Le bonheur, c’est simple: quand ça va bien, t’en profite et quand ça va mal, t’endure… jusqu’au prochain soleil.’’ Et le fou d’ajouter: ‘’De toute façon, on a toute la vie pour apprendre à vivre’’.

Le Fou du Village